lundi 24 mai 2010

Une âme frivole


L'âme frivole s'affole au gré du vent. Elle m'étreint avec passion et m'enlace sans vergogne. Je jouis de la voir si belle, sourit et lui dit: " Viens, allons manger." Le soleil nous accable et malgré nos habits printanier, je suinte. Elle m'éponge doucement le front et dépose un baiser sur mes lèvres transpirantes. Ce soir nous ferons l'amour follement.
Elle demande une salade printanière et moi de grosses côtelettes avec des frites à la sauce tomates.
Le soleil nous quitte petit à petit, ne laissant que d'infimes rayons de soleil traverser les nuages. je voit apparaitre le bout de ses seins traverser sa robe blanche. L'âme frivole rit, c'est l'été.
Les gens sont joyeux, ils rient et suintent de bonheur. Une jam session éclore dans une ruelle éclairée et au son des trompettes, mes jambes se trémoussent maladroitement.
Il arrive un moment alors, où mes yeux se troublent, ma vue s'embrume et mon tendre amour s'évapore dans l'oubli et l'abîme.
Je me réveille nu, légèrement drapé d'un voile transparent dans mon propre lit. Quel rêve merveilleux!

Puis soudain, une pensée étrange m'envahit:
" Moche. Je suis d’une beauté sans faille, c’est moche. Ma chevelure, ma chevelure bouclée, touffue, ce sac de nœud tordu et brun me fait suer le front. Malgré cet air ténébreux qu’elle me donne, c’est moche. Le peigne est son ennemi. Mes yeux me font honte : rondes billes de chat noirs qui charment sans arrêt m’oblige à porter de grosses lunettes de soleil noires même lorsque les nuages gris trônent dans le ciel. Mes joues sont douces et molles, je laisse alors pousser ma barbe rêche et urticante imposant chez moi une certaine maturité qui ne gêne quiconque veut m’embrasser. Mes oreilles entendent parfaitement, je les retroussent alors en petits carré, le cartilage aidant rien y fait. Les gens trouvent ça drôle. C’est moche. J’ai bien essayé de prendre du poids, affaissant la peau de mon cou à la recherche du menton fuyant et de son second, ma barbe bien que naissante recouvre le tout et pis m’amaigrit. Ô beauté fatale !
Je ne trouve laideur que dans mon gros nez, cet excès de cartilage et de peau grasse. C’est mon héritage paternel à ce qu’on dit. Mon permis de passage en zone arabe. Toute l’histoire d’un peuple, de ma famille regroupée dans mon unique nez bombée. Les infâmes pensent que je suis juif, comme Chaplin je ne démens pas.
Vous l’aurez remarquez, je n’ai que faire de mon corps. Le visage est mon unique intérêt, tout le restant m’indiffère. Je veux bien vous en parler en quelques mots si vous insistez. Mes mains sont musclées, gorgées de veines comme un maçon sans les défauts liés au travail. Mat et chaleureuses. Je suis robuste avec un peu de poil sur le torse et sur les jambes. Lorsque l’ont me regarde de dos, ont dit que j’ai le dos d’un nageur et les fesses d’un babouin. J’en suis forte aise, je suis donc confortable. C’est quand même moche."
Je me suis rendormi aussi sec, en quête des vapeurs d'une âme frivole.

vendredi 14 mai 2010

Quel indécence

_Tu penses pouvoir m'aider ?
_ Je l'ignore.
_ Alors pourquoi insistes-tu ?
_ j'ai envie de me dire que je n'ai pas le choix. Tu es important pour moi et pas seulement, un monde entier t'attend pour t'acclamer, t'aimer et te voir vivre. Il ne te suffit que d'une étincelle, ce pétillement pour le faire vibrer jusqu'au noyau. Et puis je n'aime pas le gâchis.
_ Je ne te mérites pas.
_ Tu as raison. Allez, détache ce nœud coulant et qu'on en finisse.
_ j'ai peur...
_ Peur de quoi ?
_ De glisser de la chaise en descendant. J'ai les jambes molles tout à coups.
_ C'est la vie, mon ami. Avoir peur de la mort, c'est ce qui me fait lever le matin. Il faut dire qu'elle m'ennuie, le niveau n'est jamais très élevé.
_ Je n'arriverai jamais à faire ce qui leurs plait. Je suis un raté fini.
_ Tu es un artiste raté, oui. Mais un artiste quand même.
_ Et qui ne l'est pas de nos jours? Un bout de papier, deux trois pinceaux, une copine passée sous la table pour devenir actrice et le tour est joué.
_ Heureusement que tu n'as rien de tout ça.
_Si seulement...
_ Tu ne serais même pas capable de te faire l'actrice en prétextant l'acte comme inspiration purifiante.
_ Tu as raison, je remonte sur la chaise.
_...PAF!
_ Heureusement que tu as été scout pour apprendre les nœuds coulant.
_ Tu parles, les seuls nœuds que j'ai su faire sont ceux de l'amour. Ça y est je tombe dans le sentimentalisme ô misère!
_ C'est l'ennui qui te fait dire n'importe quoi. Viens sortons.
_ Nous sommes enfermés, j'ai avalé la clef avant de monter sur la chaise.
_ Et tu comptais que je vienne avec toi astiquer la queue du grand-père toute ma putain de vie paradisiaque?
_ Je voulais retarder les secours le plus possible.
_ J'aurais préféré te cracher dessus que d'appeler les pompiers. Voilà de l'art transgressif ! Je t'aurais acheté une stèle immonde à vingt balles ce qui m'aurait foutu à découvert d'ailleurs et tu serais mort dans l'anonymat. Va te faire foutre avec ta postérité.
_ Je vais écrire...
_ Mazel'tov !
_...sur la mort.
_ Et en quoi ça va consister ?
_ Une pièce en un acte. Un dialogue entre un mec suicidaire et sa propre conscience. Le mec devient dingue à force de se parler à lui-même au point de s'en foutre des baffes.
_ Si tu écrit ça, c'est moi que tu tues mon pote.