vendredi 16 avril 2010

Le passager


Paris pleure, Paris a peur.
La nuit s’installe avec ses valises, il est cinq heures.
En haut, les navires lunaires
Voguent à travers la cité.
L’écume de leur sillage est sombre et épais.
L’encre est jeté. Tonnerre !

Occupé à contempler chacune des ruelles qu’il emprunte, chacune des vitrines qui l’attire, chaque pavé, d’un pied léger, qu’il frôle. Moka ne l’a pas vu s’installer et maintenant il est trempé. Mais il s’en fiche, il est heureux.
La pluie ici, à une saveur intéressante, très différente à celle qu’il a l’habitude de gouter. Celle-ci à comme une odeur de liberté.
Moka vient de là-bas, le Sud. Paris n’est qu’une escale.
Là-bas, c’est-ce continent qu’ont nous dit si lointain et pourtant si proche de nous. Il est arrivé à Paris comme les nuages, sur un coup de tête et comme eux, il va repartir très vite, plus au Nord.
Mais avant, il s’est promis de faire une chose…

Alors pas le temps de dormir,
Pas le temps de manger,
Les nuages vont bientôt s’évaporer.
« Il me faut tout Paris ce soir, pour jouer mon amour… »
Il ne reviendra pas. Tel un être spongieux, il sillonne la capitale d’un pas valeureux, ne ravitaillant son ventre affamé qu’en eau tiède pluvial.
Cinq heures et des flaques d’eaux plus tard, Moka trouve Paris excitante, chaque ruelles racontent une histoire, chaque passant une aventure. Le bouillon de culture parisien étanche sa soif. Le jeune africain termine son épopée sur les quais de Seine. Il est tard, Moka est seul, les réverbères illuminent son chemin. Paris est à nue.
Soudain, une douce et chaude musique traverse le rideau pluvieux et s’engouffre jusqu’aux oreilles du jeune africain. Il reconnait cette mélodie irrégulière et se plait à sourire.
Contrairement aux jeunes de son village, Moka et sa famille écoutaient le son afro-américains qui faisait des ravages outre-Atlantique depuis les années 10. Son père passait le vinyle qu’il avait ramené des Amériques lors d’un voyage et ils l’écoutait en boucle sur le vieux gramophone, tout les dimanches matins en se levant. Déjeunant avec la vie.
Le vent mélodieux guide alors ses pas vers ce chemin inconnu…

jeudi 15 avril 2010

Figure de Style


Hannah __ danse __ amour
Jazz __ Musique __ manger
Princesse __ chat __ dormir
Chaussure __ voiture __ donner

Hannah danse l’amour
Le jazz est la musique que je mange
La princesse des chats dors
Une chaussure en forme de voiture m’a été donner

HANNAH ET SA MUSIQUE ME FAIT DORMIR
LE JAZZ DU CHAT EST DONNE
LA PRINCESSE EN VOITURE VA MANGER
LA CHAUSSURE DANSE L’AMOUR

jeudi 8 avril 2010

À quoi bon jazzer ?


Et si j'arrêtai de déconner avec mon jazz encombrant ?

Il faut dire que, depuis quelques années tout occasion est bonne pour faire écouter du jazz:
en voiture, sur la route ou non; dans le salon, en famille ou non; avec mes amis, en soirée ou non.
Les nouvelles technologies de l'époque me permirent d'ailleurs de casser les oreilles à toute la planète entière, n'ayant qu'à appuyer sur la touche "haut-parleur" de mon portable-lecteur musical lorsque je me trouvai au milieu d'une rue bondé.
Et si la solitude de me ruées dans les FNAC, les clubs et les bars de Paris me gavait jusqu'à la flétrissure mentale? Et si je décidais, comme ça, du jour au lendemain, de ne plus m’interroger sur ceux qui aiment le jazz, qui écrivent dessus, qui en jouent, qui en vivent et qui en meurent ? Je dirais alors:"La culture jazzique m'indiffère." et tournerai les talons heureux en pensant avoir maugréer une insulte hautaine et culturel à mon interlocuteur intéressé.
En fait, je reviendrais à me dire qu'à défaut d’être un intellectuel authentique et un artiste complet et engagé; écouter du jazz devait bien relever le niveau, tout du moins partiellement, ne serait que pure infamie ? Belle crise de la vingtaine, n'est-ce pas ?
Complaisons-nous, creusons plus profondément cette remise en question d'ordre culturel et intellectuel. Sortons les grands, les gros mots pour qui sait, un remède à sa juste valeur.

Encore des Si...
Et si au fond de moi-même, je n’y comprenais rien? Toutes ces notes, tout ces silences, tout ces non-dits philosophiquement pianotés par des joueurs extrêmement idéalisés et défoncés jusqu’à la moelle, est-ce vraiment compréhensible, même par les plus avertis ?
Parlons d'eux alors, les "musiciens". Romanesques, aux multiples facettes que les jazzmans: Tous des aliénés, des enragés, des engagés, des idéalistes, des calmes et des névrosés. « Voilà le nouveau Charlie Parker! » dit Bird à Albino red Chudnick pendant que ce dernier s’enfilait sa dope à la veille d'une tournée en Nouvelle Orléans. Une musique dépouillée qui souille l’âme ingénue de ces auditeurs et auditrices au même plan que ces plus fervents serviteurs, que l’on parle de veines, de lèvres et de doigts ensanglantés, Tout est source de douleur! Le cerveau devient lui, embrumé. À quand la prochaine tournée, que je puisse me piquer ? Encore un préjugé qui serre le mord, attrapez-le, il risque de s'échapper!

Des standards ellingtonien au Be Bop gillespien- entres autres- un siècle s’est profilé. Ecouter Naîma, A night in Tunisia, Blue Pepper, Cherokee Caravan, ain’t misbehavin, April in Paris et tout un pan de l’histoire musical vous contemplent aurait pu vous graver dans le temps, un bel apollon noir Français du nom de Napoléon, franchissant pour la première fois un New York désœuvré, aux frontières de l’ancien et du nouveau son.
Des ghettos noirs de Kansas City aux Carnegie Hall de New York City, tous y passèrent.
Des grandes formations, dansantes et entrainantes aux plus minimalistes, rythmiquement groove et pimpantes à l'époque, un brin élitiste et soporifique de nos jours.
Opium sublimatoire d’un peuple en déphasage avec son histoire, ses directives inhumaines et son destin incroyable. C'est fait, je tombe dans la contemplation. Et pas de centre de désintox’ pour les dépendants du phrasé improvisé? Vite un fix !
Faut vraiment que j’arrête. Mon réseau social tend à s’amenuiser à vouloir trop espérer.

Auprès des filles, c'est gâteau pour draguer. Vous paraitrez comme un type original, passionné, chic et cultivé. Passé le dîner avec en fond sonore du Kurt Elling lui paraîtra quand même un peu cliché. Attention à l’overdose dès le premier rencard, on peut très vite passer pour un vieux pépé, elles s’en iront même si vous lui gesticuler trois pas de danse à la Sinatra, un peu gêné. L’inviter dans un club vous fera passer pour un type très friqué - il faut lui montrer le prix d’entrée et la carte du restaurant finement pour qu'elle fasse le rapprochement- ne surtout pas s’attarder sur les pointures jazziques qui jouent malheureusement - pour vous- ce soir-là mais espérez que le batteur aura des fourmis dans jambes pour au moins la faire danser.
N’attendez pas de déchanter pour filez même sans dessert -qui fait quand même la différence à l’addition - si tout le concert se joue tempo lent en ternaire et non tempo rapide en binaire. C’est un premier rendez-vous, pas une demande en mariage (le Caveau de la Huchette, à saint Michel, je vous le conseille). À peu de choses près vous me direz.

Pour les amis, ne jamais trop s’attarder sur les découvertes que vous pouvez leur offrir. Si ils décrochent- ils décrochent toujours- au bout de la première chanson, veillez à ne plus leur en parlez surtout si vous avez eu l’audace de dire auparavant: « tu vas voir, ça va te plaire! » Allumez la télévision, sortez fumer une clope, grattez vous l’entrejambe l’air gêné mais ne vous énervez jamais contre votre ami qui ne comprendrait pas. Car, que l'ont puisse aimer cette musique au point de l’écouter 16heures par jour et un fait pardonnable mais que l’ont ne respecte pas ses goûts et ses couleurs attentant de plus, à sa liberté de penser, d‘expression, de citoyen français héritier des Lumières créateurs des Droits de l‘Homme et du Citoyen mon vieux, et toc dans la gueule, serait criminel. Et puis les amis, c’est si rare.

Moi qui pensait que la vérité se cachait dans le jazz et ses intellectuels. Je dois me tromper lourdement. Il n’y a pas de religion jazzique ou de peuple jazz à ce que je sache, enfin il y a bien des gens pour en jouer, en parler, en écrire et en écouter. Mais c’est comme les amis apparemment, ils sont d‘une rareté.
Non, il vaut vraiment mieux que j’arrête. Le risque de passer pour un asocial, brumeux personnage, pas dans son temps et désaxé est trop proche. Pourquoi perdrais-je mon temps à lire, voir et écouter du jazz si personne ne veut de mon expérience, mon avis et mes choix? À quoi bon une bibliothèque quand personne ne lit?
En fait, la solitude n’est pas si mal que ça. Être le maître de sa propre destinée, fuir le contact et la divergence. Toi seul, dans ta voiture, l’autoradio à fond, les fenêtres fermées respirant cet air bleu qui te ravit l’ouïe et t’asphyxie l’esprit. « Le Be Bop est décrété comme musique avilissant la jeunesse par le gouverneur de Californie, ont rentrent à la maison, YardBird! » dit Dizzy Gillespie à Charlie Parker au soir d’une représentation annulée en Californie à l’occasion d’une tournée américaine ayant pour but de faire connaitre le Nouveau Son.
Et si c’était vrai qu‘elle avilit les mœurs? Les miennes si durement ancrées durant mon enfance se sont facilement effondré aux premiers coups de cymbales et aux premières notes de piano que j‘entendit. Allons plus loin dans notre démarche, et si je me lançais dans le pamphlet contre l’ethnie africaine qui permit que cette musique existe? Et si je disais que nombre d’européens passionnés de jazz dans les années 50 en étaient venus à se dire que la supériorité des jazzmans afro-américains sur les euro-américain ( il est à noté que pour les anglais, le fait est là: Ils sont pourris en matière de jazz et puis leurs teint est rose.) des noirs sur les blancs n’ayons plus peur des mots, n’étaient plus affaire de contestation- lire Les chroniques de Jazz de Boris Vian- non ?
Diable que non, je ne le voudrais jamais. Ça va me coller à la peau toute ma vie, comme un chewing-gum bleu sur une cravate jaune.

Me voilà devenu un sale con qui crache son écume sur un blog inutile, à peine âgé et quelques notes bleues en musique de fond.